ORLANDO, de Virginia Woolf

Mis en scène par Katie Mitchell, dans une version de Alice Birch

Un héros qui devient une héroïne, qui aime les femmes et les hommes, qui s’insurge contre le système et dont les expériences reflètent la condition des femmes à différentes époques du patriarcat : écrit en 1928 comme un portrait de son amie intime et amoureuse Vita Sackville-West, « Orlando. A biography » de Virginia Woolf, est un chef-d’oeuvre littéraire qui questionne et défie les frontières : du temps, de l’espace, des modèles de vie, de la détermination sociale, de la hiérarchie et de la structure du pouvoir dans le patriarcat, de l’identité et surtout du genre. Virginia Woolf appelle son roman « une biographie », qui se veut le premier d’un nouveau genre qui brise les barrières entre fiction et non-fiction. Elle peut en effet être considérée comme une oeuvre d’art « queer », questionnant constamment nos catégories en apparence figées, déterminées ou « naturelles », montrant comment elles sont faites par l’homme, acceptées par la société mais pas éternellement, uniquement dans un cadre temporel et spatial donné. L’histoire commence à l’époque élisabéthaine par les mots « Il – car il ne pouvait y avoir de doute sur son sexe », pour laisser le personnage principal se réveiller quelques chapitres plus tard, maintenant en tant que femme, utilisant ainsi le doute sur la clarté du sexe comme une source très fructueuse de tension et de réflexion sur comment le pouvoir inégal et le privilège sont répartis dans les sociétés patriarcales et comment le rôle des femmes change dans différentes périodes. La vision du monde d’Orlando change : les femmes ne peuvent pas hériter, elle doit se battre et aller devant les tribunaux pour conserver son titre aristocratique et son domaine. Les vêtements de femme qu’elle doit porter signifient moins de liberté, de restrictions, une perte de privilège. Elle se marie enfin et élève des enfants, jusqu’à ce qu’au début du XXe siècle, elle se retrouve, 350 ans après le début, 35 ans plus âgée en tant qu’écrivain de renom.

« Orlando » de Woolf explore certaines des questions qu’elle se posera plus tard de manière encore plus explicite dans des œuvres comme A Room of One’s Own : pourquoi les hommes possèdent-ils de toutes les richesses et pourquoi les femmes n’ont rien ? Quel est l’effet de la pauvreté sur les écrivains ? Quelles sont les conditions nécessaires à la création d’une oeuvre d’art ? Avec une écriture incroyablement spirituelle, drôle et élégante, Woolf a réussi à poser ces questions à une
époque où c’était révolutionnaire, elle a passé par les censeurs et a créé un chef-d’oeuvre intemporel.

Mise en scène Katie Mitchell
Assistanat à la mise en scène Lily McLeish
Scénographie Alex Eales
Costumes Sussie Juhlin-Wallen
Photo Grant Gee
Vidéo Ingi Bekk
Collaboration vidéo Ellie Thompson
Son et musique Melanie Wilson
Dramaturgie Nils Haarmann
Lumière Anthony Doran

Avec İlknur Bahadır, Philip Dechamps, Cathlen Gawlich, Carolin Haupt, Jenny König, Alessa Llinares, Isabelle Redfern, Konrad Singer
Caméra Nadja Krüger, Sebastian Pircher
Perchiste Stefan Kessissoglou

Création le 5 septembre 2019

En coproduction avec Odéon – Théâtre de l’Europe – Paris, Teatros del Canal – Madrid, Göteborgs Stadsteater/Backa Teater et São Luiz Teatro Municipal – Lisbonne. En coopération avec le réseau européen de théâtre PROSPERO.
Avec le soutien des Amis de la Schaubühne de Berlin.


 

Katie Mitchell a réalisé des opéras classiques et contemporains, des installations vidéo, des courts métrages et a adapté des pièces de théâtre classiques et contemporaines et des textes pour la scène. D’innombrables prix et distinctions ont décoré son travail tout au long de sa carrière, par exemple le Prix Evening Standard du meilleur metteur en scène pour « The Phoenician Women » en 1996, elle a été directrice associée au National Theatre et au Royal Court Theatre, Londres, et a été nommée Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 2009. En septembre 2017, elle a reçu la President’s Medal of the British Academy » pour son travail visant à améliorer la présentation du théâtre et de l’opéra classiques et contemporains grâce à une nouvelle production innovante «. Ses productions se caractérisent par une recherche et une préparation minutieuses, une analyse pointue des scènes, des conflits et des situations des textes mis en scène, une précision psychologique dans la direction des acteurs et des approches conceptuelles souvent très originales et inhabituelles. Mitchell utilise fréquemment la vidéo en direct créée sur scène ou travaille avec la chorégraphie, la conception sonore en direct, la psychologie et les techniques du théâtre d’Europe de l’Est et remet en question les conventions théâtrales de production des émotions et des illusions.