Dès 2006, six directeurs d’institutions ont décidé d’écrire un projet théâtral audacieux. Ils ont réuni les forces de leurs établissements : le Théâtre National de Bretagne (Rennes) qui est chef de file, le Théâtre de la Place (Liège), Emilia Romagna Teatro Fondazione (Modena), la Schaubühne (Berlin),  le Centro Cultural de Belém (Lisbonne), Tutkivan Teatterityõn Keskus (Tampere). Petit à petit, il est devenu un accord pluriannuel (2008-2012) de coopération culturelle européenne, soutenu par le programme culture de la Comission  Européenne. : Prospero, du nom du Magicien de La Tempête, cet utopiste qui rassemble ce qui a été désuni.
Depuis juin 2008, le projet toujours en évolution progresse suivant trois axes :
1.    le développement de la création européenne
  •  productions et tournées de quatre créations d’ampleur de quatre metteurs en scène choisis par les directeurs : Thomas Ostermeier, Alvis Hermanis, Krzysztof Warlikowski, Ivo van Hove ;
  •  réalisations et tournées de six créations d’artistes associés aux six structures : Pippo Delbono, Circolando, Galin Stoev, Falk Richter/Anouk
    van Dijk, Cilla Back, Jean-François Sivadier ;
  •  accompagnements de six jeunes artistes désignés par les six institutions : Jean-Benoît Ugeux, Teatro Praga, Rachid Zanouda, Michael Ronen, Riko Saatsi, Gianni Farina.
2.    la mise en place d’une recherche européenne 
Nous pouvons craindre que, vu l’évolution de la presse et des médias, les difficultés économiques rencontrées par les 27 pays, l’espace dévolu à la critique ne se réduise. Les artistes et les publics en ont pourtant grandement besoin. Les six directeurs ont désigné deux chercheurs, universitaires ou non, par ville, pour constituer une cellule de réflexion, extensible si nécessaire. Elle comprend donc 12 membres au minimum qui travaillent ensemble sur des questions théoriques.
3.    la formation des jeunes comédiens 
Quatre établissements sont dotés de structure de formation. Ces traditions d’enseignement peuvent se partager. Dans les cinq années sont prévues : des réunions des équipes pédagogiques et huit échanges entre les promotions d’élèves qui partent travailler dans une école étrangère pendant un mois au minimum, en immersion dans un autre pays, une autre culture théâtrale, une autre pédagogie.
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Le projet Prospero est un geste poétique. Mais il se veut aussi un geste politique. Ses partenaires veulent participer à l’édification artistique et culturelle de l’Europe. Celle-ci a trop longtemps été pensée comme un marché commun. Aujourd’hui en crise ! Les artistes ne s’en accommodent pas. Ils sont, la Renaissance l’a déjà prouvé, d’étonnants voyageurs, de grands ambassadeurs d’humanité. Ils peuvent dépasser certaines questions taboues et œuvrer pour une Europe démocratique, sociale, pacifiste, artistique et culturelle, et par là-même ouverte aux autres pays, aux autres continents.
Le deuxième volet du programme Prospero est peut être le plus difficile à tenir. Les distances sont grandes en Europe, les centres d’intérêts très différents. De plus, le travail en commun possible est gigantesque : la réflexion sur la construction d’une Europe des théâtres n’en est qu’à ses débuts. Les chercheurs, eux aussi des Européens convaincus, ont accepté de relever ce défi. Il leur a fallu d’abord déterminer les premiers sujets qui regrouperont les différentes énergies. Puis, deux espaces de visibilité ont été déterminés : un Colloque à Tampere en octobre 2010, l’autre à Liège en 2012. L’un parlera de l’utopie et de la pensée critique dans le processus de création, l’autre du jugement et du public.
Les chercheurs ont souhaité, pour rendre visible le travail commun, parallèlement à l’avancée sur les colloques, créer une revue électronique. Vous avez sous les yeux le premier numéro.
Nous  remercions tout le groupe des chercheurs, particulièrement Maria Helena Serôdio coordinatrice du groupe, Hanna Suutela, responsable scientifique du colloque de Tampere, Didier Plassard, rédacteur en chef de la revue ainsi que tous les chefs de rubriques.
Nous espérons que les retours d’autres chercheurs, d’artistes ou de spectateurs viendront enrichir ce nouvel espace de l’éducation commune du jugement critique.

François Le Pillouër, directeur du Théâtre National de Bretagne (Rennes)
Serge Rangoni, directeur du Théâtre de la Place (Liège)
Pietro Valenti, directeur de l’ Emilia Romagna Teatro Fondazione (Modena)
Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne (Berlin)
Antonio Mega Ferreira, directeur du Centro Cultural de Belém (Lisboa)
Yrjö Juhani Renvall, directeur du Tutkivan Teatterityön Keskus (Tampere)